jeudi 30 juin 2016

Art et Sciences #7 Microbial Art et art bactérien : des œuvres d'art dans des boites de Pétri

Bactéries ! Bactéries ! Bactéries ! A chanter sur l'air de Bicycle Race de Queen. Hem. Donc dans cet épisode d'Art et Sciences, on va parler de bactéries à toutes les sauces. Pas très ragoûtant a priori, mais si vous avez lu mon petit billet sur les bactéries fractales, vous savez déjà que ces microscopiques organismes peuvent parfois réserver de jolies surprises :)

Au menu de cet épisode : Maria Peñil Cobo, une  artiste peintre qui peint des peintures avec des bactéries, le Agar Art Contest, les portraits en pixels bactériens de Zachary Copfer, les sculptures bactériennes de Rogan Brown et le Daily Dish de Klari Reis. Bonne lecture !


Peindre avec des bactéries ; le bio-art de Maria Peñil Cobo

L'artiste Maria Peñil Cobo est une mixed media artist, peut-on lire sur son site, qui puise son inspiration dans la nature (original ironiseront les mauvaises langues). Avec l'aide du microbiologiste Mehmet Berkmen, elle s'adonne à une singulière pratique : la peinture bactérienne. Une boite de Pétri devient une toile où elle dépose à la pipette les germes de son œuvre.
Bio-Scapes II, Maria Peñil Cobo


Entre nous, je n'irais pas jusqu'à les accrocher dans mon salon - le résultat n'est pas époustouflant - à moins qu'on ne me les offre un jour pour la fête des pères. C'est la technique qui vaut qu'on s'attarde sur ces croûtes high-tech, potentiellement nuisibles. Car chaque tondo bactériologique nécessite de jongler avec les contraintes imposées par la souche utilisée, et c'est là que l'artiste révèle son talent. En combinant plusieurs souches, Maria Peñil Cobo doit prendre en compte la vitesse et la forme de croissance, ainsi que les besoins nutritifs et la couleur de chaque colonie de bactéries. Encore plus fastidieux : certaines souches passent par différentes formes ou couleurs au cours de leur croissance, il faut donc gérer un timing précis pour obtenir le résultat voulu. Enfin, il faut aussi prendre en compte les animosités qu'entretiennent certains de ces micro-organismes à l'égard de leurs congénères. J'imagine que le tableau est fixé lorsqu'il est jugé satisfaisant, en utilisant un vernis ou une résine. Concrètement, une séance de peinture bactérienne ressemble à cela :

video

Quant à la croissance de la colonie, on peut s'en faire une idée dans cette vidéo en time-lapse :

video

Et pour conclure cette section, une petite sélection des œuvres de Maria Peñil Cobo, que vous pouvez aussi admirer directement sur son site :
Bio-Scapes  V, Maria Peñil Cobo
Bio-Scapes XIII, Maria Peñil Cobo
Nature-Scapes III, Maria Peñil Cobo
Sea-Scapes IV, Maria Peñil Cobo

Sea-Scapes V, Maria Peñil Cobo




The Agar Art Competition

Ce concours tient son nom de l'agar, le gel nutritif utilisé en microbiologie (E406 pour ceux qui traquent anxieusement les additifs alimentaires). Il est obtenu à partie d'une algue dont on a conservé l’appellation d'origine : l'agar-agar. Enfin, "agar agar", c'est aussi le grognement de satisfaction que l'on peut entendre dans la scène d'accouplement du film La guerre du feu, mais ça n'a plus rien à voir avec le thème de ce billet.
Louis Pasteur en Chromobacterium violaceaum, par Dharshika Jayasuriya
Pour participer au concours Agar art, deux conditions : adhérer à l'American Society for Microbiology et bien sûr, produire une œuvre d'art avec de l'agar et des micro-organismes. Le concours est encore relativement confidentiel, mais les œuvres primées se sont quand même frayé un chemin jusque la gloire, notamment sur les réseaux sociaux. On y retrouve naturellement les travaux de Maria Peñil Cobo, lauréate de l'édition 2015, mais aussi des créations plus photogéniques, bien que certainement plus faciles à réaliser. L'édition 2016 a consacré Md Zohorul Islam de l'université de Copenhague, avec un sujet audacieux, la célébration de la vie : 

Comme précédemment, j'ai fait une petite sélection (avec les crédits quand je les ai trouvés) :
"Twelve Years of Yuck", 3e place de l'édition 2016. Crédit : Elena Gart et Laura Bryan de la Texas A&M University

"Flowering Sunshine". Plus d'infos ici.

"Alexander Flamingo Under a Cherry Tree". (au cas où, j'explique le jeu de mot ; le titre fait référence à Alexander Fleming, qui découvrit, entre autres, la pénicilline). Crédits : Tatsuya Akiyama et Rhonda Craver de la Montana State University

"Harvest Season" avec des Saccharomyces cerevisiae. Plus d'infos ici.

"The Noble Tusker". Crédit : Dharshika Jayasuriya, Université de Colombo, Sri Lanka
Bifidobacteria micro-flower. Plus d'infos ici.

"Skinfinity". Crédit : Tarah Rhoda, School of Visual Arts de New York
"Yeast Go Viral". Plus d'infos ici.

The Wild Garden of the Gut Bacteria. Plus d'infos ici.
NYC Biome MAP. Plus d'infos ici.

"Hunger Games" en Actinomycetes. Plus d'infos ici.

Des portraits en pixels bactériens

Zachary Copfer a un nom de magicien, et d'une certain façon, c'en est un. Microbiologiste et photographe, il a mis au point une technique - baptisée bacteriography - qui lui permet de recréer des portraits en pixels bactériens. Et comme Zachary est un chic type, il explique tout (enfin presque, une partie du procédé reste secrète) dans cette vidéo :

En résumé : l'image est d'abord pixelisé dans un logiciel quelconque, puis transformée en négatif, qui va servir de pochoir. Ce pochoir est disposé par dessus une boite de Pétri ensemencée de bactéries. L'ensemble est alors exposé à des rayons U.V qui vont terrasser toutes les bactéries sauf celles protégées par le pochoir. A la suite de ce micro-génocide, les bactéries survivantes se développent jusqu'à former les pixels de l'image :

Lorsque l'image s'est formée correctement, la croissance est interrompue en réfrigérant le cadre et en exterminant les bactéries résistantes à coup de radiations. Enfin, le tout est couvert d'une couche d’acrylique. Comme pour les autres artistes, voici une petite sélection d'images :

Portrait de Picasso bacteriographié, par Zachary Copfer
Galaxie spirale bacteriographié, par Zachary Copfer
Portrait de Darwin bacteriographié, par Zachary Copfer
Portrait d'Einstein bacteriographié, par Zachary Copfer
Zachary Copfer himself se prépare à un test ADN
Tiens, ça m'a fait penser à cette imprimante à gouttes :


Les sculptures bactériennes de Rogan Brown

On s'éloigne un tout petit peu, mais je voulais caser ici les délicates sculptures en papier de Rogan Brown, qui s'inspire de la biologie en général et des formes de micro-organismes en particulier pour ses sublimes créations. Celle-ci par exemple, intitulé Cut Microbe, imite les formes des salmonelles et des bactéries E. coli.
Cut Microbe, de Rogan Brown


Son site web regorge de réalisations admirables, qui nécessite chacune plusieurs mois de travail minutieux. Je vous montre aussi cette sculpture baptisée Outbreak - un terme qui désigne le moment explosif d'une épidémie - inspiré par une discussion sur le microbiome. 
Outbreak, de Rogan Brown
Outbreak, détail. Crédit : Rogan Brown 
Outbreak, détail. Crédit : Rogan Brown 
Outbreak, détail. Crédit : Rogan Brown 

Outbreak, détail. Crédit : Rogan Brown 

Le daily dish de Klari Reis

Le plat quotidien de Klari Reis est haut en couleurs, à tout point de vue. Tous les jours, l'artiste britannique crée une œuvre abstraite dans une boite de Pétri, puis lui attribue un nom évocateur : "Absinthe on the rocks", "Blue skittle in the microvawe", "Allergy season" ou encore "Dang I just spat some coffee in it but it still looks ok". Le dernier en date s'appelle "Preserved lime". Cette fois, point de bactéries, c'est de la bonne vieille peinture, mais l'inspiration microbiologique est évidente. Et si certaines œuvres sont plutôt quelconques, d'autres sont vraiment sympas. Pour le coup, je verrais bien un truc comme ça dans mon salon :) Je vous laisse avec une galerie de photographies, en commençant par celles du mois de Juin :
ALLERGY SEASON JUNE 22, 2016

NEPTUNE MAGIC, JUNE 20, 2016
DEEP BREATH JUNE 11, 2016 
MALEFICENT MAY 18, 2016
PEACOCK FEATHER MAY 13, 2016

C'est bientôt fini ! Si vous êtes intéressé par le microbial art au sens large, qui rassemble donc tout ce qui a un rapport avec la production d'œuvres d'art vivantes à base de micro-organismes, je vous conseille le site microbial art. Lancé par les biologistes Niall Hamilton et T. Ryan Gregory, il se veut une sorte de répertoire qui regroupe les créations de divers artistes, d'Eshel Ben-Jacob au collectif bioglyphs. Je termine avec deux images bonus :
L'empreinte de la main du fils de Tascha Sturm sur une boite de Pétri, après quelques jours d'incubation
"SPECIMEN", mousseline brodée dans des boites de Pétri, extrait de "Under the Looking Glass" de Maggie Leininger, 2006

5 commentaires:

  1. Magnifique ! C'est malin maintenant j'ai "Bicycle" dans la tête !

    RépondreSupprimer
  2. Ha ha merci pour vos commentaires, ça marche trop bien avec "Boacteyries Boacteyries"

    RépondreSupprimer