mardi 4 février 2014

L'affaire des répliques d'araignées

Plutôt que de faire une énième mise à jour, j'ai récrit un petit article au sujet de ces fascinantes araignées qui en fabriquent des fausses ; des répliques géantes qui trônent fièrement au centre de leurs toiles. Depuis 2009, au moins deux espèces ont été découvertes, à des milliers de kilomètres de distance, ce qui exclut a priori une origine commune récente. Les scientifiques ne savent pas encore exactement à quoi ces mannequins arachnéens peuvent servir, mais comptent bien le découvrir bientôt, à la faveur d'une expédition péruvienne en zone inondable !

Certaines araignées du genre Cyclosa construisent leur toile en rajoutant délibérément des débris divers pour tromper ou déstabiliser d'éventuels prédateurs. En 2009, Matt Walker avait mentionné le fait que Cyclosa mulmeinensis bricolait des répliques d'elle-même (article en anglais ici). Le résultat n'était pas très convaincant à mes yeux (voir images ci-contre) mais, apparemment suffisamment efficace pour duper les guêpes qui s'en prenaient aux répliques plutôt qu'au modèle.
C. mulmeinensis adulte et des "répliques" faites de carcasses d'insectes et de poches d’œufs. Crédits : I-Min Tso'

Faux et usage de faux

Fin 2012, une nouvelle espèce péruvienne était décrite par le biologiste Phil Torres (lire ici). Cette fois, l'araignée se débrouillait carrément mieux. Au lieu de boudins vaguement ressemblants (désolé mulmeinensis, rien de personnel), elle confectionnait des faux vraiment convaincants, avec de vraies pattes, à partir de morceaux d'insectes, de débris végétaux et de soie. La seule différence : la créature de ce Frankenstein des arachnides était beaucoup plus grande que l'originale. De près, on se rend compte de la supercherie, mais de loin, c'est assez bluffant. Jugez plutôt :
L'araignée au-dessus de sa réplique, Photo: Phil Torres.
La photo de Phil Torres avait connu un vif succès. Et bien ce que j'ignorais, c'est que la découverte avait eu un précédent, à l'autre bout du monde ! Sur les îles Negros, aux Philippines, vit en effet une autre espèce d'araignée au comportement similaire. Découverte fortuitement par Lary Reeves en Mars 2012, elle construit des répliques légèrement différentes, dont les pattes suivent la géométrie de la toile au lieu de pendre verticalement :
L'araignée et sa réplique, version philippine. Crédits: Lary Reeves
La réplique est aussi construite à partir de débris et de carcasses d'insectes. Lors de la découverte, la véritable araignée, bien plus petite, était dissimulée dans une petite poche située dans l'abdomen de la réplique et était quasiment invisible.

La filière péruvienne

Pour l'instant, personne ne sait si les leurres servent à attirer des proies, à éloigner les petits prédateurs, ou à duper les grands. À la fin de l'année dernière, Reeves et Torres se sont rendus ensemble au Pérou pour étudier, dans son milieu naturel, la seconde espèce découverte. Dans la moiteur de la jungle amazonienne, ils espéraient observer les araignées en train de bricoler leurs doubles. Malheureusement, ils n'ont pas réussi à prendre les bestioles en flagrant délit. Les deux scientifiques comptent donc installer des caméras et surveiller leurs moindres faits et gestes. Ils sont persuadés qu'il existe de nombreuses autres espèces d'araignées qui confectionnent des répliques semblables, voire meilleures.

Reeves et Torres aimeraient aussi pouvoir faire des analyses génétiques, afin de déterminer le degré de parenté de l'araignée péruvienne avec les autres espèces de Cyclosa ou avec l'araignée philippine. Le séquençage génétique pourrait aussi aider à savoir si leur comportement singulier est hérité d'un ancêtre commun ou s'il s'agit d'un exemple de convergence évolutive. Les scientifiques doivent cependant attendre le feu vert des autorités péruviennes, les Cyclosa étant exclues du traité d'extradition entre la France et le Pérou. En attendant, les deux aventuriers ne sont pas rentrés bredouilles puisqu'ils ont apporté une réponse à l'énigme scientifique qui a fait frétiller les nerds du monde entier à la fin de l'an dernier, à savoir : qui a construit les mystérieuses structures ci-dessous ?

La mystérieuse structure à différents stades, Crédits : Lary reeves, Ariel Zambelich/WIRED
Pour en savoir plus, on peut lire cet article sur Wired. Sur le même site, cet article plein de jolies photos relate l'enquête sur l'énigmatique structure circulaire. Et pour les fans de camouflage, lisez la rubrique "Steak haché" sur SSAFT. On peut d'ailleurs en profiter pour comprendre le principe de la convergence évolutive. Enfin, voici la vidéo de la découverte péruvienne, mise en ligne sur la chaine youtube de Smarter Every Day.

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